Théâtre

ENTREVUE PIERRE-FRANÇOIS LEGENDRE

Sophie : Bonjour Pierre-François ! Tu seras en résidence cet été à Victoriaville et St-Eustache avec la pièce L’embardée. C’est une première pour toi à Victoriaville ?

Pierre-François : En fait on a failli y aller avec L’emmerdeur, mais la salle n’était pas prête. C’est un peu plus tard, quand je faisais la mise en scène de Mario Jean et que je suis allé le voir là-bas que j’ai découvert la salle. J’ai été très impressionné !

Sophie : Je crois qu’ils en sont seulement à leur deuxième saison de théâtre d’été. Tu vas avoir le privilège d’être dans les premiers à y jouer !

Pierre-François : Ah oui ? Ça va sentir le neuf  ! (rires)

Sophie : Peux-tu me parler de L’embardée ?

Pierre-François : Bien sûr ! C’est le jour des funérailles du père de deux fils joués par Louis-Olivier Mauffette et moi. Le père avait une compagnie de placements financiers. Le frère joué par Louis-Olivier, plus bohème, est parti faire sa vie en Colombie-Britannique et joue avec le projet d’ouvrir un café. Il est un peu musicien, un peu homme d’affaires. Mon personnage, lui, travaille avec son père en finances.

Sophie : Je trouve que tu as le look !

Pierre-François : Tant mieux ! Parce que je n’ai jamais eu ce genre de rôle. On m’a plus souvent offert des rôles de gars en culotte de jogging! Cette fois-ci, je vais avoir un bel habit, je suis bien content ! Bref, la pièce se passe toujours au salon funéraire, c’est un huis clos, et le père est en urne. Non, ils n’ont pas payé un acteur pour venir s’étendre sur scène deux heures par soir ! (rires)… Quand le frère qui vit à Vancouver arrive, on apprend que le père est décédé dans un accident d’auto. Rapidement arrive aussi une femme en pleurs qui vient déposer des fleurs. On se rend compte qu’elle est une créancière et qu’elle connaissait très bien le père. Ça crée une certaine onde de choc. On apprend aussi que le bonhomme tenait ses livres de façon un peu croche. Plus étonnant encore, c’est la femme mystérieuse qui l’apprend au frère habitant à Vancouver. On finit par se rendre compte, en plus, que mon personnage savait tout ça et que c’est lui, en fait, qui tirait les ficelles. Je n’en dirai pas plus pour l’instant, mais je joue un gars qui pourrait, disons, être un bon ami de Vincent Lacroix. On apprend également qu’il y a une très grosse prime d’assurance reliée au décès du bonhomme. L’assurance a un prix de fou alors ça soulève des questionnements. Est-ce que c’est un suicide, est-ce que c’est un faux accident ?

Sophie : Donc ce n’est pas vraiment une comédie ?

Pierre-François : J’appellerais plutôt ça un suspense. Ça s’apparente à la comédie noire.

Sophie : D’accord ! Et que penses-tu de ce qu’on dit du théâtre d’été, que c’est du théâtre facile ?

Pierre-François : Tu sais, quand tu sors de l’école, tu as un petit côté puriste… tu te dis que les pièces de théâtre d’été sont des comédies qui tombent dans l’humour facile, tu te méfies un peu de ça. En tous cas, personnellement, je portais ce regard-là sur le théâtre d’été jusqu’à ce que j’y goûte et que je fasse une vraie comédie ancrée dans la pure tradition. Il s’en fait moins aujourd’hui dans le genre, mais c’était très bien fait et j’ai eu beaucoup de plaisir. Et j’ai réalisé que l’on considère à tort que c’est du théâtre facile parce que ce n’est pas n’importe qui qui peut faire du théâtre d’été. J’ai appris énormément du timing comique.

Sophie : C’est très difficile de faire de la comédie !

Pierre-François : On peut lever le nez sur le théâtre d’été si on veut, mais il ne faut pas utiliser le mot « facile », ce n’est pas facile à jouer.

Sophie : C’est effectivement tout un art d’être capable de faire rire !

Pierre-François : Oui ! Mais dans L’embardée, par contre, on n’est pas du tout là-dedans ! C’est un huis clos, un suspense, et pendant une heure et vingt, une heure et demie, on est sur le bout de notre chaise à se demander comment les personnages vont s’en sortir. On en vient même à se demander si quelqu’un d’autre va mourir tellement la tension est forte entre les personnages. Il y a aussi le responsable du salon funéraire qui vient, mais qui ne doit rien savoir, ce qui donne un effet plutôt comique. Chaque fois qu’il rentre, tout le monde dit que tout va bien, mais dès qu’il part, la tension revient et on va jusqu’à se demander si un meurtre va se produire parce qu’il y a des gros montants et des peines de prison en jeu.

Sophie : Et quel rapport entretiens-tu avec tes partenaires de jeu ?

Pierre-François : C’est tellement important d’entretenir de bons rapports avec eux parce qu’on va aller en tournée et on va passer beaucoup de temps ensemble. Moi ce que j’aime de ce métier-là c’est que si tu ne t’entends pas avec une personne, c’est presque impossible que tu aies à passer vingt ans avec cette personne-là. Si tu n’as pas d’atomes crochus avec une personne, tu peux avoir à la côtoyer quelques mois ou quelques années maximum. Mais personnellement, je m’entends avec tout le monde ! C’est certain que parfois tu t’entends mieux avec certaines personnes…

Sophie : C’est une question de tempérament aussi !

Pierre-François : Et de façon de travailler. Par exemple, je sais qu’il y a des acteurs avec qui il ne faut pas déconner pendant les répétitions, alors je vais respecter ça. Je veux travailler d’abord et avant tout dans le respect. Bref, tout ça pour dire que jusqu’à présent, on a eu une séance photo et une première lecture et j’ai été rassuré.

Sophie : Le pouls est bon ?

Pierre-François : Oui !

Sophie : Et travailler avec Geneviève ?

Pierre-François : En fait je ne la connaissais pas très bien et c’est une femme qui impose un certain respect. Disons que je voulais bien me comporter devant elle ! Mais j’apprends à la connaître et je réalise qu’elle a une belle folie donc ça va être super agréable.

Sophie : On va aller faire un tour à Victoriaville et à Saint-Eustache cet été !

Pierre-François : Oui ! On a des personnages bien typés aussi. Je te le dis, moi je vais jouer un personnage à l’opposé des rôles que j’ai l’habitude d’interpréter. Il faut dire que l’âge fait que le casting change aussi.

Sophie : Ça doit être agréable ça !

Pierre-François : Oui, absolument. Je suis heureux de m’attaquer à cette belle partition de gars un peu fou, méchant mais, en même temps, charmeur ! Parce que ces gens-là ont du charisme et c’est ce qui leur permet de t’embarquer dans quelque chose. Dès le début, je veux que le public dise : « Wow ! Quel gars sympathique ! » mais que, plus la pièce avance, plus il doute.

Sophie : Toi, as-tu déjà connu des situations loufoques ou surréalistes dans un salon funéraire ?

Pierre-François : En fait oui, mais je ne m’en souviens plus, j’avais seulement cinq ans ; mes parents m’ont perdu de vue et m’ont retrouvé assis sur le mort !

Sophie : C’en est une bonne ça ! (rires)

Pierre-François : Mais ça, c’est tout à fait moi. Si ma mère me perdait de vue trente secondes, mon nom résonnait dans les haut-parleurs. Et cette fois-là, j’étais dans le cercueil, celui d’un oncle de ma mère probablement.

Sophie : Et au théâtre ?

Pierre-François : Là il y en a, quoique je suis assez sérieux au théâtre. Les acteurs qui font des coups, moi ça m’ennuie. Dans ma loge ça va, mais pas sur scène. Je ne vais pas me fâcher, par contre, si quelqu’un me fait un coup !

Sophie : J’imagine que tu te prépares bien avant les spectacles !

Pierre-François : Oui ! En fait, j’ai travaillé presque dix ans à Québec avant de venir à Montréal et là-bas, je n’ai fait que du théâtre alors j’ai beaucoup de productions théâtrales derrière la cravate. Et à Québec je faisais environ quatre pièces par année donc j’ai facilement fait une trentaine de spectacles à Québec avant d’arriver à Montréal.

Sophie : Et comme tu fais de la mise en scène, qu’est-ce que ça te fait de te faire diriger ? Que préfères-tu ? Diriger ou te faire diriger ?

Pierre-François : Bonne question ! Je ne me sens pas imposteur quand je fais de la mise en scène parce que je crois avoir assez d’expérience pour le faire. Dans L’embardée, je suis acteur. On a un super metteur en scène de qui j’ai vu quelques productions, mais je n’avais jamais travaillé avec lui. Je dois lui donner toute ma confiance sans avoir le réflexe de dire mettre mon grain de sel parce qu’il a son idée en tête et c’est correct ! Moi, quand je suis metteur en scène j’essaie de faire comprendre rapidement à mon équipe que tout le monde peut proposer quelque chose dans n’importe quel domaine. Je retiens les commentaires et ça se peut que ça change quelque chose ou pas.

Sophie : Je pense que ça crée une énergie bien agréable de travailler de cette façon !

Pierre-François : Tout le monde peut donner des commentaires sur tout. La costumière, par exemple, peut proposer des idées pour les costumes qui vont m’aider à composer un personnage par la suite. Présentement, il faut que je regarde comment le metteur en scène fonctionne, mais ça se sent assez vite en général. Si une première fois tu émets un commentaire sans te mêler de tes affaires (et je trouve que c’est une bonne chose de ne pas se mêler de ses affaires) et que la réaction n’est pas enthousiaste, je vais arrêter là et me dire que c’est bien ainsi. Si, au contraire, le metteur en scène manifeste le désir d’essayer ma proposition, même si à la fin ça ne fonctionne pas, je comprends que je peux faire des suggestions.

En fait, la grosse différence entre un metteur en scène et un acteur c’est que le metteur en scène ramène du travail le soir, c’est-à-dire que, le soir, dans sa tête, il travaille encore. Quand je suis acteur et que je connais mes textes, je ne ramène pas de travail à la maison à moins qu’il y ait quelque chose qui ne fonctionne pas. À ce moment-là, ça peut être bien d’aller prendre une marche et de réfléchir pour améliorer le tout. Peut-être aussi que si je jouais Macbeth j’irais prendre des marches plus souvent ! (rires)

Sophie : Et comment te sens-tu par rapport au fait que vous allez jouer à Victoriaville dans un premier temps et à Saint-Eustache par la suite ?

Pierre-François : C’est un beau buzz ! La nouveauté c’est toujours bien, on n’a pas le temps de se tanner ! Moi, à partir du moment où le spectacle est commencé, j’ai toujours du plaisir. Mais je dois avouer qu’il y a des fois où c’est plus difficile d’y aller, où il faut que je motive un peu plus. Sur scène, par contre, le plaisir est toujours au rendez-vous.

Sophie : Parce qu’à l’époque, tu le sais depuis le temps que tu fais du théâtre, vous passiez l’été au même endroit et souvent, malheureusement, le spectacle s’arrêtait en août. Maintenant, les pièces de théâtre d’été partent en tournée !

Pierre-François : Exactement ! Et on peut facilement dire que le théâtre a déjà eu des années plus glorieuses au guichet. L’offre est immense et il y a des spectacles gratuits, du contenu à 10 $ à la télévision, à 10 $ sur Netflix, alors c’est plus difficile pour les gens de payer cinquante dollars l’été pour un spectacle. Les amateurs de théâtre, l’été, ne vont plus voir deux ou trois spectacles, ils vont en voir un. Alors c’est bien de ne pas épuiser la région. En s’installant à un endroit pour quelques semaines seulement, on crée une certaine rareté et en visitant différents lieux, on atteint plus de gens. On va donc se promener cet été et entamer une tournée par la suite.

Sophie : C’est magnifique !

Pierre-François : Je trouve ça génial moi que le théâtre voyage. D’ailleurs, aussitôt que tu dépasses les grands centres que sont Gatineau, Montréal et Québec, les gens sont tellement heureux !

Sophie : Oui, absolument !

Pierre-François : Ils nous remercient de venir les voir et nous confient voir plusieurs pièces par année.

Sophie : Et d’ailleurs dans les statistiques que je tiens avec le Guide, on remarque qu’effectivement, les gens achètent plus d’un spectacle par année et la tendance est encore plus forte en région !

Pierre-François : Moi je n’aimerais pas particulièrement habiter en région éloignée, mais ce qui m’aiderait, ça serait de pouvoir avoir accès à la culture.

Sophie : Tu es un touche-à-tout comme artiste. À ce stade de ta carrière, le théâtre d’été est-il un choix, une préférence ou un plaisir coupable ?

Pierre-François : C’est un choix délibéré. Ma famille est au courant que je saute des années. Faire trois ou quatre étés de suite c’est difficile alors je laisse passer deux ans, je fais un spectacle d’été, je laisse passer deux ans, j’en fais un autre, etc.

Sophie : Quel âge ont tes enfants ?

Pierre-François : Sept et dix ans.

Sophie : Ils sont encore petits !

Pierre-François : Oui ! Mais tu sais, maintenant les horaires étant ce qu’ils sont, comme les spectacles se font sur trois ou quatre jours par semaines, j’ai souvent des congés, ça facilite les choses.

L’été passé on a loué un petit winnebago et les enfants ont adoré ! Rien ne nous empêche cette année d’en louer un le samedi, de nous rendre à Victoriaville pour le spectacle et de partir après pour profiter des journées de congé !

Sophie : Quel rapport entretient ton personnage avec celui de Geneviève Rochette ?

Pierre-François : Je ne peux pas trop en parler, mais je peux dire qu’elle est une menace. Tout se passe bien pour mon personnage, outre le fait qu’il a perdu son père et qu’il a un deuil à vivre, mais l’arrivée du personnage de Geneviève dans la vie de mon personnage a l’effet d’une bombe.

Sophie : Merci Pierre-François ! Profitons alors de cet été pour te voir sur les planches dans L’embardée. Ce sera un plaisir! Ça se passera à Victoriaville ou Saint-Eustache cet été !